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Éditorial

Curieusement, l’essor des industries créatives dans les années 70 a été motivé par un immense désir pour la culture populaire plutôt que par appétit commercial. Cette tendance a été si massive que l’offre de produits culturels n’était pas suffisamment importante pour satisfaire la demande. Les pionniers du secteur culturel tels qu’André Malraux ou Krzysztof Przeclawski, dans leur propre pays ou internationalement, ont par conséquent proclamé « qu’il serait irresponsable et élitiste de ne pas s’engager dans ce secteur aux grandes promesses commerciales » (O’Connor 2011 : 27) et ont fait en sorte de changer les règles. Alors que la musique et les arts visuels commençaient à être enregistrés et stockés pour la consommation à une échelle sans précédent, en tant que spectateurs de ces évènements, on a pu voir fleurir des industries commerciales, qui sont à présent dominantes. Introduisant la première carte globale des industries culturelles et créatives, Irina Bokova, Directrice-Générale de l’UNESCO (2015 : 5), a estimé que les industries créatives représentaient « 2250 milliards de dollars (environ 2000 milliards d’euros) et employaient environ 30 millions de personnes dans le monde entier. On peut donc dire qu’elles sont les moteurs du développement de l’économie et qu’elles permettent aussi le développement des pays. » Les effets engendrés sur le secteur de la traduction dans tous ses aspects ont été importants quantitativement, et la traduction a joué un rôle majeur pour que les industries créatives agissent à la fois globalement et localement. Cela a aussi permis de libérer le concept et les pratiques de la traduction en un champ de transformation beaucoup plus large et plus créatif.

Ce numéro, édité et présenté par Dionysos Kapsaskis, donne un avant-goût des rôles divers de la traduction et de ses agents au XXIème siècle. Il s’ouvre sur la transcription d’un entretien de Zoe Moores avec Dan McIntyre sur l’impact de la traduction et du sous-titrage sur le style, suivie de la perspective d’un professionnel de la transcréation (Benetello). Un éventail de différents types de transfert est ensuite proposé : médiations transcréatives (Sidiropoulou; Morón and Calvo) ; adaptations de films, chansons ou jeux vidéo en tant que pratiques créatives (Perdikaki; Dong and Mangiron; Mus); autres formes d’art en traduction (Liao; Deganutti, Parish and Rowley; Cabrera); et accessibilité dans le contexte de représentations artistiques. Des entretiens vidéo sont aussi disponibles : Grzegorz Pawlowski et Marek Gralewski considèrent les conditions de travail des traducteurs et interprètes en Pologne ; et David Katan examine l’influence de la culture sur la traduction et vice-versa.

Bonne lecture et bon visionnage !

Références

Bokova, Irina (2015). Cultural Times. The first global map of cultural and creative industries (consulted 23.10.2017)

0’Connor, Justin (2011). “The Cultural and Creative Industries: a critical history.” Ekonomiaz 78 (3), 25-45.

Lucile Desblache (traduction Emie Brague)